RETRAITES
Entretien avec Jean-Marie HARRIBEY
Membre du Conseil scientifique d’Attac et de la Fondation Copernic, Jean-Marie Harribeyi est le coordinateur de l’ouvrage “Retraites, l’heure de vérité” (éd. Syllepse, 2010), et parcourt la France depuis plusieurs mois pour démontrer la nocivité de la contre-réforme envisagée par le gouvernement. Nous lui avons demandé de réagir au projet de loi présenté par Éric Woerth.
Le Travailleur catalan: Le ministre du Travail parle d’une réforme juste”. Est-ce vraiment le cas?
Jean-Marie Harribey: C’est au contraire une réforme profondément injuste. En dépit des promesses répétées de ne pas baisser le niveau des pensions, la réforme envisagée par le gouvernement aura les mêmes conséquences que celles de 1993 et de 2003: une baisse considérable du taux de remplacement des pensions par rapport aux salaires. Le recul de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans en 2018 et l’augmentation de la durée de cotisation à 41,5 ans en 2020 rendront beaucoup plus difficiles les conditions de départ. Puisque l’âge moyen de cessation d’activité est inférieur à 59 ans et que les deux tiers des salariés sont déjà hors emploi à 60 ans, ceux qui conserveront un emploi devront travailler plus longtemps, les autres sombreront dans la précarité, ne pouvant cotiser malgré l’obligation qui leur est faite.
Le projet accentue encore l’injustice en repoussant à 67 ans l’âge auquel on pourra partir à taux plein sans décote. Ainsi, le gouvernement ne tient aucun compte du fait que, à 60 ans, l’espérance de vie en bonne santé est moitié moindre que celle de l’espérance de vie tout court. C’est à se demander si, voulant trouver une «solution démographique» à un problème qui ne l’est pas, on ne cherche pas en haut lieu à interrompre la tendance à l’allongement de l’espérance de vie.
TC: Quelles seront les conséquences d’une telle réforme sur l’emploi?
J-M.H.: Reculer l’âge de départ à 62 ans entraînera une hausse du chômage et des déficits sociaux tant que le nombre d’emplois offerts n’augmentera pas. Dans la période de chômage que nous connaissons, ces mesures sont absurdes. Pour un nombre d’emplois donné, si les seniors sont maintenus au travail, l’entrée des jeunes dans la vie active sera retardée d’autant. D’ailleurs, l’INSEE vient d’établir une corrélation entre l’augmentation du taux de chômage des jeunes et l’application des réformes de 1993 et de 2003.
Cette réforme des retraites est aussi néfaste que le sont les politiques de l’emploi menées depuis trente ans. On prétend dynamiser l’emploi en aggravant les conditions d’emploi et de salaires. C’est l’effet inverse qui se produit: la dévalorisation du travail sous tous ses aspects entraîne déqualification, précarité, détérioration de la santé et, au bout du compte, atonie de l’activité économique et donc dégradation des comptes sociaux. La réforme des retraites est une déclinaison de cette spirale descendante.
Auteur : Propos recueillis par Jean Tosti
Ce texte mérite d'être lu attentivement par chacun d'entre nous, retraités et futurs retraité car nous sommes tous concernés. Ne l'oublions pas