LES BOUQUINISTES DE PARIS
Les bouquinistes sont sur le Pont Neuf depuis sa construction. Terminé en 1606, il est le plus ancien de Paris.
Il est intéressant de lire ce qu’en disait le « Nouveau Larousse Illustré » - édition de la fin du 19ème siècle :
On peut distinguer deux sortes de bouquinistes, qui parfois, dans la pratique se confondent : ceux qui ont une boutique à laquelle ils donnent souvent le nom de Librairie ancienne et moderne, et ceux qui exposent leurs bouquins dans des boites, principalement sur les parapets des quais de Paris.
Avant de s’installer sur les quais, les bouquinistes aimaient à garnir de leur marchandise les parapets des ponts, surtout ceux du Pont-Neuf, très fréquenté au 17ème siècle. Ils en furent délogés par des ordonnances en 1649, puis en 1721.
Leurs étalages ont été de nouveau tolérés depuis le commencement du 19ème siècle. En 1894 ou 1895, ils obtinrent même, moyennant une légère redevance de conserver leurs boites à demeure, scellées au parapet et munies d’un cadenas.
Au 16ème siècle, sous le règne d’Henri III, des colporteurs se pressent sur les bords de la Seine pour vendre contes, abécédaires, almanachs, histoires pieuses. En 1579, une sentence du bailli interdit le colportage et désigne douze emplacements face à l’île de la Cité où les livres seront désormais étalés.
En 1619, parut un règlement interdisant aux Bouquinistes indépendants d’avoir « boutique portative » et d’étaler des livres, principalement sur le Pont-Neuf, sous peine d’être châtiés et leurs volumes vendus au profit du dénonciateur.
Les libraires du Palais – eux - pouvaient établir, sur privilège du 30 janvier 1629, des étalages en plein vent, du Quai de l’Ecole à la rue du Trahoir
« Il s’agissait de remettre le commerce de la librairie en honneur et de retrancher les choses qui tendent à son avilissement ». Protestation des intéressés. L’exécution en est retardée. En 1650, Guy Patin (médecin et écrivain) mentionne que cinquante Bouquinistes sont chassés du Pont-Neuf.
Dans la Requeste du Palais, Ménage écrivain et érudit (1613/1692) consacre un chant à la querelle des libraires et des Bouquinistes. Il nomme ceux-ci des « mercelots ». Au fil du temps, les bouquinistes s’installeront sur les berges de la Seine et sur le Pont-Neuf, lieu de réunion des oisifs, des éventaires à bouquins se déployèrent.
Boileau aimait à y fouiller, au sortir de la Libraire Cramoisy.
Le Pont-Neuf était redevenu alors un véritable « cabinet de lecture ». Les Bouquinistes étaient créés. Les boîtes offrent de quoi assouvir les appétits les plus rustiques ou les plus raffinés.
Après la chute de la Bastille, on y retrouve des trésors issus des bibliothèques du clergé et de la noblesse.
En 1891, un règlement – encore en vigueur de nos jours – interdit des œuvres et objets « jugés contraires aux bonnes mœurs, à la décence ou à l’ordre public ». Les bouquinistes seront autorisés à laisser leurs caissons sous réserve que ceux-ci respectent la couleur (vert wagon) et les espacements réglementaires qui permettent aux passants d’avoir une vue sur les berges de la Seine.
Sous l’Occupation, on met à l’index toutes les traductions de l’anglais, à l’exception des classiques et des publications scolaires. Durant cette même période, la Commission du Vieux Paris, soucieuse du paysage, de concert avec l’occupant désireux de contrôler les rives, sabre de deux mètres l’espace dévolu à chaque Bouquiniste. Près de 60.000 ouvrages s’en trouvent ainsi retirés !
Durant les années 60, la levée des interdits alliée à l’essor économique et touristique se répercute sur la marchandise des quais. La pacotille côtoie le trésor, l’objet rare. De sorte que les véritables chineurs et les libraires « anciens » se lassent.
Par la suite, le marché s’est reconstitué, les grands classiques et les grands contemporains remeublent les boîtes toujours vertes.
Les bouquinistes, au nombre de 245 environ, occupent 1700 mètres de part et d’autre de l’île de la Cité (André Malraux, alors Ministre de la Culture, les a délogés des abords du Louvre). Ils peuvent détenir chacun quatre boîtes et sont obligés d’ouvrir au moins quatre jours par semaine.
En 1992, l’Unesco consacre les Bouquinistes des quais de la Seine « Patrimoine culturel mondial ».
Quelques informations supplémentaires pour terminer ::
La Fondation de la Corporation des Bouquinistes de Paris remonte au 16ème siècle.
Le terme « bouquin » est cousin du néerlandais boeckin (petit livre) et de l’allemand buch.
Bouquiniste désigne toujours un « vendeur de livres d’occasion » mais Anatole France qui fréquentait assidûment les Bouquinistes, les avait joliment surnommés « marchands d’Esprit ».
Il est rare que les bouquinistes abandonnent leur métier, même pour des raisons d’âge ! Ils préfèrent parfois attendre de quitter ce monde.
Quant au bouquin : On appréciera son âge à l’usure de sa reliure, à la couleur de son papier, et bien sûr à la date d’impression.